Ce que les records de collecte ne disent pas sur l'assurance-vie en 2026

Depuis janvier, France Assureurs publie des chiffres qui s'enchaînent comme des manchettes : record de cotisations en février, meilleure collecte nette de mars depuis seize ans, encours à 2 148 milliards d'euros à fin avril. Le bruit médiatique est à la hauteur des montants. Ce qu'il recouvre est plus intéressant : ce n'est pas la taille de la collecte qui mérite attention, c'est ce qu'elle révèle sur les équilibres en train de se déplacer dans le patrimoine des ménages.

📉 Quand le Livret A cesse d'être une évidence

Le point de départ est arithmétique, non psychologique. Le Livret A, ramené à 1,5 % en février, a déclenché une réaction que le secteur n'attendait pas à cette échelle. Dès janvier, avant même l'entrée en vigueur de la baisse, la Caisse des dépôts enregistre une décollecte de 1,87 milliard d'euros. Puis le mouvement se confirme : quatre mois consécutifs de retraits nets, une série inédite depuis 2009. En avril, 1,28 milliard d'euros quittent encore le placement, record absolu pour ce mois depuis le lancement des statistiques.

Ces flux se réallouent, et leur destination est lisible dans les statistiques : 74,5 milliards de cotisations sur les quatre premiers mois, collecte nette cumulée à 24,7 milliards, soit 7 milliards de plus que sur la même période en 2025. L'explication tient en un chiffre : les fonds en euros ont servi un rendement moyen de 2,65 % net de frais pour 2025, selon l'estimation préliminaire de l'ACPR publiée le 26 mars. Avec un Livret A à 1,5 %, l'écart est visible, et l'épargnant le perçoit.

🔍 Une recomposition interne que les totaux masquent

L'agrégat dissimule deux tendances qui coexistent sans se ressembler. La première est la montée en puissance des unités de compte. Sur les deux premiers mois, leur part dans les cotisations atteint 41 à 42 %, contre une moyenne de 38 à 39 % en 2024. La collecte nette UC sur le seul premier trimestre s'élève à 15 milliards d'euros, soit 3,5 fois celle des fonds euros sur la même période. Les épargnants qui arbitrent depuis le Livret A ne cherchent pas uniquement la garantie en capital : une partie d'entre eux monte délibérément sur la courbe de risque. Cette prise de risque mérite d'être accompagnée, pas subie.

La seconde tendance est le retour des fonds en euros. Après cinq années de décollecte nette, ce compartiment redevient positif en 2025 à 8,1 milliards, et progresse en 2026. Les assureurs ont tenu leurs taux grâce à la remontée du rendement obligataire et à la mobilisation de leurs réserves, estimées à 3,7 % des encours à fin 2025 par France Assureurs. Cette réserve diminue d'année en année, ce qui resserre la marge de manœuvre pour soutenir les rendements futurs. Un point d'attention pour les horizons à moyen terme.

⚖️ Ce que la LFSS 2026 change discrètement

Il existe une troisième dimension à cette recomposition, quasi absente des commentaires sur les records. La LFSS 2026 (loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025) porte les prélèvements sociaux de 17,2 % à 18,6 % sur les revenus du capital financier : PER, PEA, dividendes, plus-values mobilières. L'assurance-vie figure explicitement dans la liste d'exclusion. Ses prélèvements sociaux restent à 17,2 %.

Cette asymétrie modifie l'arbitrage entre le PER et l'assurance-vie. La hausse de 1,4 point de CSG s'applique aux gains du PER à la sortie en capital : sur 100 000 euros de gains fiscalisés, la différence représente 1 400 euros de prélèvements supplémentaires. La déductibilité à l'entrée du PER reste intacte, et avantageuse pour les contribuables aux taux marginaux les plus élevés. Mais la modélisation de l'arbitrage doit désormais intégrer ce différentiel de sortie pour être complète.

À cela s'ajoute un vecteur mécanique encore sous-estimé. Depuis le 1er mars 2026, les PEL ouverts à partir du 1er mars 2011 atteignent leur durée légale maximale et sont clôturés automatiquement par les banques. Sur 9 millions de PEL existants, 3,2 millions seront concernés d'ici 2030 pour un encours d'environ 93 milliards d'euros. Ce stock se réalloue au rythme des dates anniversaires, sans effet d'annonce, alimentant la collecte indépendamment de tout mouvement des taux.

🏛️ Conclusion et stratégie patrimoniale

Ce que ces mouvements convergents dessinent n'est pas un simple rebond de l'assurance-vie. C'est une recomposition plus profonde de la hiérarchie de l'épargne : le Livret A retrouve son rôle de trésorerie de court terme, le fonds en euros reprend une place dans l'allocation de sécurité, les UC progressent chez les épargnants prêts à sortir du capital garanti, et la législation accentue discrètement les avantages comparatifs d'une enveloppe dont la fiscalité n'a pas bougé. Ces déplacements appellent des arbitrages précis sur l'équilibre fonds euros et UC, sur la modélisation PER-assurance-vie et sur le traitement des PEL arrivant à terme.

Il faut savoir se faire conseiller.

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