Assurance vie et épargne retraite

Ce que les records de collecte ne disent pas sur l'assurance-vie en 2026

Depuis janvier, France Assureurs publie des chiffres qui s'enchaînent comme des manchettes : record de cotisations en février, meilleure collecte nette de mars depuis seize ans, encours à 2 148 milliards d'euros à fin avril. Ce qu'ils recouvrent est plus intéressant que leur ampleur.

En bref
  • Le Livret A, ramené à 1,5 % en février, enregistre 4 mois consécutifs de décollecte — une série inédite depuis 2009 — au profit de l'assurance-vie (24,7 milliards de collecte nette sur 4 mois, +7 milliards vs 2025).
  • Les unités de compte progressent (41-42 % des cotisations) autant que les fonds en euros redeviennent positifs (+8,1 milliards en 2025) : deux tendances qui coexistent sans se ressembler.
  • La LFSS 2026 relève les prélèvements sociaux de 17,2 % à 18,6 % sur PER, PEA et plus-values mobilières — l'assurance-vie en est explicitement exclue et reste à 17,2 %.

Quand le Livret A cesse d'être une évidence

Le point de départ est arithmétique, non psychologique. Le Livret A, ramené à 1,5 % en février, a déclenché une réaction que le secteur n'attendait pas à cette échelle. Dès janvier, avant même l'entrée en vigueur de la baisse, la Caisse des dépôts enregistre une décollecte de 1,87 milliard d'euros. Puis le mouvement se confirme : quatre mois consécutifs de retraits nets, une série inédite depuis 2009. En avril, 1,28 milliard d'euros quittent encore le placement, record absolu pour ce mois depuis le lancement des statistiques.

Ces flux se réallouent, et leur destination est lisible dans les statistiques : 74,5 milliards de cotisations sur les quatre premiers mois, collecte nette cumulée à 24,7 milliards, soit 7 milliards de plus que sur la même période en 2025. L'explication tient en un chiffre : les fonds en euros ont servi un rendement moyen de 2,65 % net de frais pour 2025, selon l'estimation préliminaire de l'ACPR publiée le 26 mars. Avec un Livret A à 1,5 %, l'écart est visible, et l'épargnant le perçoit.

Une recomposition interne que les totaux masquent

L'agrégat dissimule deux tendances qui coexistent sans se ressembler. La première est la montée en puissance des unités de compte. Sur les deux premiers mois, leur part dans les cotisations atteint 41 à 42 %, contre une moyenne de 38 à 39 % en 2024. La collecte nette UC sur le seul premier trimestre s'élève à 15 milliards d'euros, soit 3,5 fois celle des fonds euros sur la même période. Les épargnants qui arbitrent depuis le Livret A ne cherchent pas uniquement la garantie en capital : une partie d'entre eux monte délibérément sur la courbe de risque. Cette prise de risque mérite d'être accompagnée, pas subie.

La seconde tendance est le retour des fonds en euros. Après cinq années de décollecte nette, ce compartiment redevient positif en 2025 à 8,1 milliards, et progresse en 2026. Les assureurs ont tenu leurs taux grâce à la remontée du rendement obligataire et à la mobilisation de leurs réserves, estimées à 3,7 % des encours à fin 2025 par France Assureurs. Cette réserve diminue d'année en année, ce qui resserre la marge de manœuvre pour soutenir les rendements futurs — un point d'attention pour les horizons à moyen terme.

Ce que la LFSS 2026 change discrètement

Il existe une troisième dimension à cette recomposition, quasi absente des commentaires sur les records. La LFSS 2026 (loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025) porte les prélèvements sociaux de 17,2 % à 18,6 % sur les revenus du capital financier : PER, PEA, dividendes, plus-values mobilières. L'assurance-vie figure explicitement dans la liste d'exclusion : ses prélèvements sociaux restent à 17,2 %.

Cette asymétrie modifie l'arbitrage entre le PER et l'assurance-vie. La hausse de 1,4 point de CSG s'applique aux gains du PER à la sortie en capital : sur 100 000 € de gains fiscalisés, la différence représente 1 400 € de prélèvements supplémentaires. La déductibilité à l'entrée du PER reste intacte, et avantageuse pour les contribuables aux taux marginaux les plus élevés, mais la modélisation de l'arbitrage doit désormais intégrer ce différentiel de sortie pour être complète.

À cela s'ajoute un vecteur mécanique encore sous-estimé. Depuis le 1er mars 2026, les PEL ouverts à partir du 1er mars 2011 atteignent leur durée légale maximale et sont clôturés automatiquement par les banques. Sur 9 millions de PEL existants, 3,2 millions seront concernés d'ici 2030, pour un encours d'environ 93 milliards d'euros. Ce stock se réalloue au rythme des dates anniversaires, sans effet d'annonce, alimentant la collecte indépendamment de tout mouvement des taux.

Les taux de rendement et projections cités dépendent des publications d'ACPR et France Assureurs à la date de rédaction et peuvent évoluer ; le traitement fiscal dépend de la situation individuelle de chaque épargnant.

Jean-René Couasnon, conseiller en gestion de patrimoine
L'auteur
Jean-René Couasnon

Fondateur de Cosedia Patrimoine, conseiller en gestion de patrimoine indépendant à Coutances. Les données réglementaires de cet article sont vérifiées avant publication et mises à jour au fil des évolutions législatives et jurisprudentielles.

CFP · Certified Financial Planner Norme ISO 22222 Finance durable (AMF) ORIAS n° 22002415
Basé à Coutances, Normandie
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