- La pension moyenne de droit direct des femmes est inférieure de 36 % à celle des hommes en 2024 selon la DREES, et de 25 % en intégrant la pension de réversion.
- Droits familiaux et réversion pèsent 16,2 % de l'ensemble des pensions versées en 2024. Leur effet correcteur reculera à mesure que les carrières se rapprochent : le COR projette encore 11,3 % d'écart en droit direct à l'horizon 2070.
- Deux décrets du 29 juillet 2026 ramènent de 25 à 24 ou 23 le nombre d'années retenues pour le salaire annuel moyen, et ouvrent deux trimestres enfants à la carrière longue, pour les pensions prenant effet au 1er septembre 2026.
D'où vient un écart de pension de 36 % ?
De la carrière, pas de la règle de calcul, qui traite les deux sexes à l'identique. La DREES mesure pour 2024 une pension moyenne de droit direct inférieure de 36 % chez les femmes, ramenée à 25 % une fois la réversion intégrée (données mises à disposition le 26 mai 2026).
Le Conseil d'orientation des retraites en détaille les ressorts. À temps de travail égal, l'écart de salaire en équivalent temps plein atteignait encore 14,2 % en 2023. Il se creuse avec le nombre d'enfants : 5,8 % entre salariés du privé sans enfant en 2022, contre 28,2 % entre mères et pères de trois enfants ou plus. Le taux d'emploi décroche lui aussi à partir du troisième enfant, à 59,9 % pour les femmes en 2024 contre 87,3 % pour les hommes. La retraite n'invente pas cet écart ; elle en enregistre le cumul quarante ans plus tard.
Que corrigent réellement les droits familiaux ?
Une partie de l'écart, jamais sa cause. Majorations de durée d'assurance, assurance vieillesse des parents au foyer et réversion représentent ensemble 16,2 % de toutes les pensions versées en 2024. Sur son propre champ, qui inclut les retraités résidant à l'étranger, le COR mesure fin 2024 un écart de 34,8 % sur les seuls droits directs, ramené à 22,4 % avec la réversion (rapport annuel de juin 2026).
La réversion n'a pourtant pas été conçue pour cela. Son objet est d'assurer un revenu au conjoint survivant, et son effet correcteur découle de ce que 87,3 % de ses bénéficiaires sont des femmes. Il se desserrera à mesure que les carrières féminines rejoindront celles des hommes : dans son scénario de référence, le COR projette à l'horizon 2070 un écart de 4,4 % avec réversion, mais encore de 11,3 % en droit direct seul. Une épargne retraite constituée à titre personnel, elle, ne dépend d'aucune situation conjugale.
Ce que changent les deux décrets du 29 juillet 2026
Pris pour l'application de l'article 104 de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026, ils visent les pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026. Le décret n° 2026-699 ramène de 25 à 24 années, voire 23 selon le nombre d'enfants ouvrant droit à majoration ou bonification, le nombre d'années retenues pour le salaire annuel moyen dans les régimes qui calculent la pension sur les meilleures années : une ou deux années creuses sortent de la sélection, ce qui pèse surtout après une naissance suivie d'un temps partiel. Le même texte crée par ailleurs, pour la CNRACL et le FSPOEIE, une bonification d'un trimestre réservée aux femmes ayant accouché à compter du 1er janvier 2004.
Le décret n° 2026-700 ouvre plus largement la retraite anticipée pour carrière longue, en comptant comme réputés cotisés jusqu'à deux trimestres acquis au titre des enfants : plus de 13 000 femmes nées à partir de 1970 en bénéficieraient, selon une estimation du ministère du Travail et des Solidarités. Aucun chiffrage officiel de l'effet moyen en euros n'a été publié à ce jour, et les conditions diffèrent selon le régime dont on relève, ce qu'un bilan retraite tranche dossier par dossier.
Que vérifier avant de liquider sa pension ?
Ses trimestres, son régime, puis sa situation conjugale. L'âge de départ n'est plus le bon indicateur : l'écart s'est réduit à huit mois en 2023, 63 ans et 1 mois pour les femmes contre 62 ans et 5 mois pour les hommes, et il devrait s'inverser pour les générations nées après le milieu des années 1970. Le montant, lui, reste le terrain de l'inégalité, avec un point de fragilité précis : 24,8 % des femmes divorcées à la retraite vivaient sous le seuil de pauvreté en 2023, contre 11,9 % de l'ensemble des retraitées et 8,9 % des retraités.
Ces vérifications se font avant la liquidation, jamais après. Quand le niveau de vie dépend aussi d'un conjoint, d'une réversion ou des suites d'un divorce, l'examen d'ensemble du patrimoine éclaire ce que la seule pension ne dit pas, et un suivi dans la durée permet de reprendre ces points au fil des évolutions de carrière et de législation.
Trois points à contrôler avant de déposer votre demande : que vos majorations de durée d'assurance liées aux enfants figurent bien à votre relevé de carrière, que votre régime entre dans le champ des décrets du 29 juillet 2026, et que la date d'effet retenue soit postérieure au 1er septembre 2026. Une pension déjà liquidée avant cette date ne bascule pas automatiquement dans le nouveau mode de calcul.
Les règles de retraite dépendent du régime dont vous relevez et de votre situation individuelle, et elles peuvent évoluer avec la législation. Les écarts projetés à l'horizon 2070 relèvent du scénario de référence du Conseil d'orientation des retraites, non d'une prévision. Cet article ne constitue pas un conseil personnalisé.