- Seuls 4 % des investisseurs français consultent des influenceurs financiers avant un placement, contre 42 % pour un conseiller bancaire ou financier — mais la proportion grimpe nettement chez les 18-34 ans.
- L'activité de transaction des particuliers réagit au volume de publications sur un titre, pas au sentiment, positif ou négatif, qu'elles expriment.
- Les investisseurs de moins de 35 ans et les clients de néo-brokers sur-réagissent aux réseaux sociaux tout en sous-réagissant aux fondamentaux du titre.
Une exposition croissante, mais encore minoritaire
Le Baromètre AMF de l'épargne et de l'investissement 2025 chiffre à 4 % la part des investisseurs français consultant des influenceurs ou communautés financières avant un placement, et à 6 % ceux consultant d'autres sources sur les réseaux sociaux — contre 42 % pour les conseillers bancaires ou financiers. Ces niveaux restent minoritaires, mais leur progression est notable chez les plus jeunes : 8 % des 18-24 ans et 10 % des 25-34 ans s'y renseignent, une proportion qui grimpe à 41 % dans une étude spécifique de l'OCDE consacrée aux nouveaux investisseurs de cette classe d'âge.
Le cadre juridique a suivi ce mouvement : la loi du 9 juin 2023 a créé en France la première définition légale du statut d'influenceur, interdit certaines publicités sur les produits financiers risqués et imposé la déclaration des contenus sponsorisés, ouvrant la voie au « certificat de l'influence responsable » coporté par l'AMF et l'ARPP.
L'exposition médiatique prime sur le sentiment exprimé
Le résultat central de l'étude tient en une nuance que peu d'observateurs auraient anticipée. L'activité des particuliers sur les titres du CAC 40 est statistiquement sensible au nombre de messages publiés sur X, mais elle ne réagit pas davantage au sentiment exprimé dans ces messages. Un afflux de publications sur un titre déclenche une hausse de l'activité de transaction, que ces publications soient optimistes, pessimistes ou neutres.
C'est donc l'exposition médiatique d'un titre — sa simple visibilité sur les réseaux — qui capte l'attention des particuliers, bien plus que le jugement de valeur qui l'accompagne. Ce constat rejoint les travaux de Barber et Odean sur le rôle de l'attention dans le comportement des investisseurs de détail, et ceux de Münster et al. sur Reddit.
Une sur-réaction concentrée chez les plus jeunes
L'étude introduit une rupture structurelle datée du 4 juillet 2024, période marquée par un point bas du CAC 40 à 7 130 points et un indice d'incertitude politique française dépassant le seuil de 500 pour la première fois depuis avril 2017, dans le contexte de la dissolution de l'Assemblée nationale.
C'est dans ce cadre que se dessine la fracture la plus significative pour un cabinet de conseil : les investisseurs de moins de 35 ans et la clientèle des néo-brokers présentent une sur-réaction caractérisée à l'activité des réseaux sociaux — avec des coefficients parfois deux fois supérieurs à ceux du reste de la population — tout en affichant simultanément une sous-réaction aux variables fondamentales que sont le rendement réalisé, la volatilité intra-journalière ou les communications officielles des émetteurs. Ces deux populations matérialisent également moins systématiquement leurs plus-values que les clients de banques traditionnelles ou en ligne.
L'AMF y voit un doublement de vulnérabilité : une attention accrue portée au bruit des réseaux, doublée d'une moindre lecture des fondamentaux qui, eux, informent réellement sur la valeur d'un titre. Elle conclut à la nécessité de soutenir l'éducation financière des publics les plus jeunes et les plus digitalisés — c'est précisément le rôle du conseil patrimonial que d'apporter cette distinction, loin de l'instantanéité des réseaux.
Les chiffres cités sont ceux publiés par l'AMF et l'OCDE à la date de leurs études. Ils décrivent des comportements observés et ne constituent ni une recommandation d'investissement ni une prévision : tout placement en actions comporte un risque de perte en capital, et les performances passées ne préjugent pas des performances futures.